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Villa les Cèdres à Saint-Jean-Cap-Ferrat

Jérôme POHIER Architecture

Située au cœur de la presqu’île de Saint-Jean-Cap-Ferrat, la Villa Les Cèdres compte parmi les propriétés privées les plus remarquables de la Côte d’Azur. Son vaste domaine, son architecture chargée d’histoire et son exceptionnel jardin botanique en ont fait l’un des symboles de l’immobilier de prestige méditerranéen.

Villa les Cèdres à Saint-Jean-Cap-Ferrat

Ancienne résidence du roi Léopold II de Belgique, puis propriété de la famille Marnier-Lapostolle, le domaine a traversé près de deux siècles d’histoire. Longtemps présentée comme l’une des demeures les plus chères au monde, la Villa Les Cèdres se distingue surtout par une combinaison devenue presque introuvable : plusieurs hectares au sein du Cap-Ferrat, un patrimoine architectural préservé et l’une des plus importantes collections botaniques privées d’Europe.

Une propriété historique au cœur du Cap-Ferrat

Des terres agricoles à la Villa Les Oiseaux

Bien avant de devenir l’une des adresses les plus prestigieuses de la Côte d’Azur, le site des Cèdres était essentiellement agricole. Les terres étaient notamment consacrées à la culture des oliviers, dans un environnement encore largement préservé de l’urbanisation.

Dans les années 1850, David-Désiré Pollonnais, qui deviendra maire de Villefranche-sur-Mer, acquiert progressivement le domaine. Il confie à l’architecte niçois Sébastien-Marcel Biasini la construction ou la reconstruction d’une demeure de villégiature alors connue sous le nom de Villa Les Oiseaux.

La propriété comprend déjà une villa, des bâtiments de service, des écuries et la chapelle Saint-François-de-Sales, édifiée au XVIIIe siècle. Les premières essences exotiques sont également introduites dans le parc à cette époque, annonçant la future vocation botanique du domaine.

L’acquisition du domaine par Léopold II

En 1904, le roi Léopold II de Belgique acquiert la propriété et la rebaptise Villa Les Cèdres. Déjà propriétaire de plusieurs terrains sur la Riviera, le souverain entreprend d’agrandir et de transformer profondément le domaine.

Jusqu’en 1908, il réunit plusieurs parcelles voisines afin de constituer une propriété d’un seul tenant. Il sollicite l’architecte Aaron Messiah pour modifier les façades et réorganiser certains espaces intérieurs de la villa. Un jardin d’hiver, une nouvelle conciergerie et des écuries modernisées complètent l’ensemble.

La Villa Les Cèdres devient alors une véritable résidence royale, bénéficiant de vastes perspectives paysagères et d’un emplacement privilégié à proximité immédiate de la baie de Villefranche-sur-Mer.

Les jardins créés sous l’impulsion de Léopold II

Léopold II accorde une place centrale à l’aménagement des jardins. À partir de 1905, il confie leur transformation à plusieurs paysagistes renommés, parmi lesquels Élie Lainé, Jules Vacherot et Harold Peto.

Le chantier modifie profondément la topographie du domaine. Des terrasses, des parterres réguliers, des pièces d’eau, des pergolas, des allées et des fabriques de jardin sont aménagés autour de la villa.

Jules Vacherot dessine notamment une partie des jardins en terrasses, tandis qu’Harold Peto intervient sur le miroir d’eau et l’allée d’eau. Statues, balustrades, roseraie, orangerie et fausse ruine inspirée de l’Antiquité enrichissent cette composition paysagère spectaculaire.

Après la mort de Léopold II en 1909, le domaine connaît une période plus incertaine. Pendant la Première Guerre mondiale, une partie de la propriété est utilisée comme hôpital militaire belge.

La famille Marnier-Lapostolle et la création du jardin botanique

Au début des années 1920, la Villa Les Cèdres entre dans une nouvelle phase de son histoire. Alexandre Marnier-Lapostolle, membre de la famille à l’origine de la liqueur Grand Marnier, acquiert le domaine et entreprend de restaurer ses bâtiments et ses jardins.

Les structures paysagères créées sous Léopold II sont conservées, tandis que de nouvelles statues et de nombreuses essences exotiques sont introduites. Un jardin mexicain est notamment aménagé au milieu des années 1920.

À partir de 1928, Julien Marnier-Lapostolle prend en charge le domaine et développe un projet botanique d’une ampleur exceptionnelle. Passionné par l’acclimatation des végétaux, il constitue progressivement une collection composée de plantes provenant de différentes régions tropicales et subtropicales du monde.

Des bigaradiers sont également cultivés sur la propriété. Leurs oranges amères sont historiquement associées à la fabrication du Grand Marnier, renforçant le lien entre le domaine et l’histoire de la famille Marnier-Lapostolle.

Un jardin botanique exceptionnel de quatorze hectares

Le domaine des Cèdres s’étend sur environ quatorze hectares, une superficie aujourd’hui exceptionnelle à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Son parc associe des jardins réguliers, des terrasses historiques, des bassins et des espaces consacrés à la conservation de plantes rares.

Grâce au microclimat particulièrement doux de la presqu’île, des milliers d’espèces végétales originaires d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et d’Océanie ont pu être acclimatées sur place. Palmiers, cycadales, cactus, plantes succulentes, arbres tropicaux et essences méditerranéennes composent un paysage d’une extraordinaire diversité.

De nombreuses serres permettent de protéger les végétaux les plus fragiles. À partir des années 1950, le développement de collaborations avec des botanistes et des institutions scientifiques internationales contribue à donner au jardin des Cèdres une renommée mondiale.

Le parc, les jardins botaniques, les serres, la statuaire, les fabriques de jardin et la chapelle Saint-François-de-Sales sont partiellement inscrits au titre des Monuments historiques depuis 2021.

Une demeure aux dimensions exceptionnelles

La villa principale développe une surface habitable généralement estimée à près de 1 700 m². Ses façades classiques, ses volumes imposants et ses grandes ouvertures sur les jardins témoignent des différentes transformations réalisées entre le XIXe et le début du XXe siècle.

La demeure compterait une quinzaine de chambres, de vastes pièces de réception et une bibliothèque consacrée notamment à la botanique et à l’histoire naturelle. Les intérieurs associent boiseries, moulures, décors classiques et mobilier ancien.

Le domaine comprend également une piscine aux dimensions proches de celles d’un bassin olympique, des écuries historiques, une chapelle, plusieurs dépendances et un important ensemble de serres.

Au-delà de ces équipements, la valeur de la propriété réside surtout dans l’étendue et la continuité de son foncier. Les domaines de plusieurs hectares sont devenus extrêmement rares sur la presqu’île, où la majorité des grandes propriétés historiques ont été divisées au cours du XXe siècle.

L’une des ventes immobilières les plus importantes de la Côte d’Azur

La Villa Les Cèdres entre dans le patrimoine du groupe Campari en 2016, lors de l’acquisition de la Société des Produits Marnier-Lapostolle, propriétaire de la marque Grand Marnier.

Le groupe décide rapidement de céder cet actif immobilier, qui ne correspond pas directement à son activité principale. La propriété est alors présentée dans la presse internationale comme l’une des demeures les plus chères jamais mises sur le marché.

Après plusieurs années de commercialisation confidentielle, la vente est officiellement finalisée en octobre 2019 pour un montant de 200 millions d’euros. Cette transaction figure parmi les ventes résidentielles les plus importantes jamais enregistrées en France et sur la Côte d’Azur.

Il convient donc de distinguer le prix demandé au cours de la commercialisation et le montant définitif de la transaction. La Villa Les Cèdres a parfois été qualifiée de « maison la plus chère du monde », mais cette appellation reposait principalement sur son prix de présentation et sur son caractère exceptionnel.

Pourquoi Saint-Jean-Cap-Ferrat atteint-il de tels niveaux de valeur ?

Située entre Nice et Monaco, Saint-Jean-Cap-Ferrat constitue l’un des marchés résidentiels les plus exclusifs de la Méditerranée. La presqu’île concentre un nombre limité de propriétés, dans un environnement naturel particulièrement protégé.

Les plus beaux domaines bénéficient de vastes terrains, d’une végétation mature, de vues sur la mer et d’une confidentialité difficile à retrouver dans les autres stations de la Côte d’Azur. La proximité de Monaco, de l’aéroport international de Nice et des principaux ports de plaisance renforce encore cette attractivité.

Sur ce segment de marché, la valeur d’une propriété ne peut pas être analysée uniquement à partir de son prix au mètre carré. La superficie du terrain, l’histoire du domaine, la qualité des jardins, la protection contre les regards et la possibilité de conserver un ensemble immobilier indivisible constituent des critères déterminants.

Un symbole de l’immobilier ultra-prime

La Villa Les Cèdres illustre la différence entre une villa de luxe et un véritable domaine patrimonial. Sa valeur repose sur une accumulation de caractéristiques qu’il serait aujourd’hui presque impossible de reproduire : quatorze hectares sur le Cap-Ferrat, une histoire royale, un jardin botanique reconnu et un ensemble architectural développé pendant plus d’un siècle.

Les propriétés de cette catégorie sont rarement proposées ouvertement à la vente. Leur commercialisation s’effectue généralement de manière confidentielle, auprès d’un nombre limité de futurs propriétaires capables d’en assurer l’acquisition, l’entretien et la préservation.

Chaque transaction contribue néanmoins à établir de nouvelles références pour le marché immobilier de Saint-Jean-Cap-Ferrat et, plus largement, pour les propriétés d’exception de la Côte d’Azur.

Peut-on visiter la Villa Les Cèdres ?

Contrairement à la Villa Ephrussi de Rothschild, la Villa Les Cèdres est une propriété privée et n’est pas ouverte à la visite. Ses bâtiments, ses jardins et ses collections botaniques ne sont donc pas librement accessibles au public.

Le domaine peut toutefois être aperçu depuis certains secteurs de Saint-Jean-Cap-Ferrat et de la baie de Villefranche-sur-Mer. Son caractère inaccessible participe également au mystère qui entoure cette propriété légendaire.

Une propriété unique dans l’histoire du Cap-Ferrat

De Désiré Pollonnais au roi Léopold II, puis de la famille Marnier-Lapostolle à son propriétaire actuel, la Villa Les Cèdres a connu plusieurs vies sans perdre son identité. Chaque époque a contribué à enrichir son architecture, ses jardins et son patrimoine botanique.

Sa vente historique, son emplacement et la richesse de son domaine en ont fait l’une des propriétés les plus célèbres de la Riviera. Plus qu’une simple résidence de prestige, la Villa Les Cèdres incarne la dimension patrimoniale et intemporelle des plus beaux domaines de Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Jérôme POHIER

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